
Imaginez une œuvre qui aurait l’intensité de l’indigo et la fragilité du papier carbone. Imaginez l’espace et le temps comme un grand drap fait d’une infinité de plis, reposant sur le cadre d’une réalité bétonnée. Imaginez deux personnages à la lisière de ces plis, entre fuite et folie libératrice, amour sublime et oubli terrassant. Deux personnages qui explorent l’envers du monde construit, qui en examinent les coutures, l’annotent, en fuient les perspectives, questionnent sa tangibilité, creusent des espaces à l’intérieur des minutes.
Imaginez un journal intime divisé en petits carnets éparpillés qui aurait voyagé 1000 ans dans l’espace et reviendrait chargé d’une poésie terrassante, d’une mélancolie désarmante, d’une vigueur folle, d’une sagesse stellaire. Imaginez un ensemble de dessins et de textes qui agissent comme des mystères, qui révèlent par l’errance et l’effacement des repères.
Imaginez un chef-d’œuvre qui traverse le temps, invente une forme, prolonge les possibilités du dessin et de l’écriture, nourrit notre rapport au monde et dézingue la société néolibérale.
Quelques minutes après que le temps s’arrête c’est un peu tout ça, et bien plus encore. DOUBLEBOB nous livre une nouvelle fois un bijou dont on ne ressort pas comme on y est entré, mais bien avec de la beauté en supplément dans le noir des paupières.
Doublebob, Quelques minutes après que le temps s’arrête, 2023, Fremok