"LA RÉSISTANCE DES BIJOUX" Ariella Aïsha AZOULAY

 

Entre autobiographie et théorie politique, ou même plus précisément puisant dans l’histoire familiale les traces de la colonisation et de son programme d’essentialisation et de séparation des peuples, Ariella AZOULAY déploie dans les deux textes réunis ici, qui se complètent dans leurs formes - du déroulé théorique et sensible à la scansion poétique nerveuse - une démonstration admirable.

 

Née dans la colonie sioniste de Palestine d’un père juif d’Oran naturalisé français puis israélien, l’autrice apprend après la mort de celui-ci que sa grand-mère, fait caché de longues décennies durant, s’appelait Aïcha. Une découverte comme un trésor généalogique et une brèche ouverte au sein d’une double narration coloniale - d’un côté celle de la France en Algérie, de l’autre celle du sionisme en Palestine - dont les objectifs impériaux ont visé à séparer ce qui était auparavant étroitement intriqué. Ainsi de l’enchevêtrement séculaire des mondes juifs, arabes et berbères, riche et pluriel, à l’image des entrelacs visibles sur ces bijoux produits par un peuple qui se définissait initialement par son métier avant sa foi, portés par d’autres encore qui s’y reconnaissaient.

 

Un travail essentiel, porté par un regard déterminé, limpide et d’une immense force, où l’écriture à son tour joue son rôle nuancé et inframince en se glissant entre les pierres grossières d’un monde basé sur le mensonge et la taxonomie aveugle et monstrueuse.

 

 

 

La Résistance des bijoux - contre les géographies coloniales, Ariella Aisha AZOULAY, 2023, Ròt-Bò-Krik, Trad. J-B Naudy