
Immense Peter KURZECK !!!
Immense et méconnu en nos frontières, l’auteur allemand décédé en 2013 nous a pourtant légué une œuvre d’une beauté, d’une force et d’une densité sans égale, vaillamment et patiemment traduite par Cécile Wajsbrot depuis le début des années 2010.
L'Extrême Contemporain reprend le geste initié par les éditions Diaphanes avec Un été sans fin et Un Hiver de neige en publiant cette année En Invité, autre composante et porte d’entrée possible dans cet ensemble immense et inachevé qu’est Le Vieux siècle débuté au début des années 90 par KURZECK.
Fresque autobiographique hors-normes, tant par sa masse que par sa forme, qui tout en détaillant très précisément les souvenirs des événements vécus par l’auteur des années 1983-1984 - séparation douloureuse, vie dans la dèche, longues marches esseulées à travers Francfort sur le Mein... - bien au-delà embrasse le temps comme une masse nuageuse où passé et présent se recouvrent mutuellement, s’alimentent en permanence, créent des méandres et irriguent la vie comme l’écriture, Le Vieux siècle est un monument colossal, non pas vraiment une recherche du temps perdu mais plutôt une exhortation de la mémoire à se maintenir au présent. Rien n’est perdu car tout est là, tout est là car tout doit se maintenir, rester complet, entier, il en va de la vie.
En Invité, kaléidoscopique, éclaté, est le récit de l’errance urbaine et existentielle, de la pauvreté matérielle, mais aussi d’une stabilité retrouvée quelques semaines durant chez des amis, en invité. Gris mais clair, comme ce début du mois de mars 1984 qui est compté ici, ce récit s’illumine par la capacité de l’auteur à rassembler le temps, à conjoindre l’amour pour sa petite Carina, tout juste 4 ans, le désespoir crée par la rupture amoureuse, les rencontres amicales, les déambulations solitaires et angoissées, et les merles qui un peu partout s’éveillent au printemps, la lumière qui change imperceptiblement. Marqué par la récurrence de certains motifs, qui agissent comme des fondations, ritournelles autour desquelles le texte et les souvenirs peuvent se disperser tous azimuts, pour composer une fresque inimitable d’une sensibilité magnifique.
Peter KURZECK, En Invité, 2023, L'Extrême Contemporain, Trad. Cécile Wajsbrot