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Parce que l'époque est à la grisaille, que mettre la tête dans le sable face à la violence et la bêtise congénitales de l'Homme semble être le mouvement à la mode, allons-y à fond :
prescription de littérature feel good qui met du baume au cœur pour tout le monde !
Conseil avisé avec la lecture de Plop de Rafael PINEDO, texte chaleureux comme du bitume fondu, douillet comme un pull tricoté en fil barbelé.
Plop c’est le nom du personnage principal de ce roman lapidaire, personnage dont la vie nous est contée du berceau au trou final, les deux se ressemblant fort, la puanteur de la fange en commun. Un personnage au nom aussi grotesque et élémentairement sordide que le monde dans lequel il prend place. Un personnage pris dans l’abomination post-apocalyptique d’un monde déjà mort qui enfante des sociétés humaines monstrueuses dont la violence et la cruauté constituent les piliers de base.
Plop c’est l’histoire d’une vie en forme de parabole, d’un individu assez fûté pour voir plus loin que les autres mais assez ignoble pour commettre le pire afin de s’élever au-dessus de la boue, au-dessus des autres.
L’univers de Plop est dégoûtant et sans issue, c’est l’enfer adapté aux vivants, une fresque cataclysmique dessinée par une écriture sèche et crue. C’est un monde où l’innocence ne survit pas. C’est aussi une sorte de réflexion sur le pouvoir, sur ce qui le meut, sur la folie qu’il contient en son sein, sur sa propension à garder captif celui dont il s’empare. Grotesque, effroyable, idiot, ravagé : Plop c’est notre monde en substance. Derrière le vernis du masque, l’atrocité de notre condition mise en scène par un auteur qui ne prend aucun détour pour nous fracasser la nuque avec tout le poids de son nihilisme.
Entre les indétrônables Quinzinzinzilli de Régis Messac, La Route de Cormac McCarthy, Hors le bourbier de Christophe SÉGAS et Les Déchets de Michelangelo Setola, il y a ce puissant Plop écrit par Rafael PINEDO (décédé en 2006) dont les publications peu nombreuses (le reste est à découvrir aux éditions L'Œil d'Or) sont toutes marquées par le sceau de l’infamie, de l’humanité terminée dans un univers sclérosé.
Culte et saisissant au plus haut point, C'est le genre de récit lapidaire dont on s'empare immédiatement et qu'on ne lâche qu'une fois terminé. Comme la vie.
Feel good on vous a dit !
Rafael PINEDO, Plop, 2010, L'Arbre Vengeur, trad. Denis Amutio