
"Je transpire la peur je pourrais remplir un lac."
Comme un joli bouquet de fleurs épineuses, la peur de mourir s'épanouit chez Nando VON ARB depuis le plus jeune âge en inflorescences acérées. Déployant ses racines tortueuses au gré d'un
quotidien transformé en montagnes russes, la peur s'est reproduite, dupliquée jusqu'à devenir un bois complet. Une étendue forestière nourrie par une source inconnue qui ne semble jamais tarir,
où les pleurs et les râles ne font qu'un, empêtrés dans le rythme tectonique des palpitations et des douleurs abdominales.
"Elle ne connaissait pas l'étendue de mon ombre."
Bouquet de peurs est un condensé autobiographique de l'expression de ces peurs paniques, de leur emprise sur un esprit lucide qui reste pourtant en prise directe avec elles. Souvenir après souvenir, remontant du plus lointain, comme une tentative de débusquer les origines, jusqu'au contemporain, Nando VON ARB s'attache à formuler verbalement et graphiquement ce qui le hante. De la mémoire des blessures reçues et des deuils traversés émerge le constat d'une attention précoce à l'idée de disparition, de souffrance, alimentée par une imagination débridée dont on constate la force sous nos yeux. Et de là dériver vers un océan de crises d'angoisse, de parasitage des relations, de mensonges d'esquive ; vivre comme sur un courant alternatif, entre intensité maximale et stase inquiète.
"Rester seul avec ma peur."
De l'intensité, le dessin de Nando n'en manque pas. Quelle que soit la forme choisie - chaque court récit s'enveloppe d'une esthétique particulière - le tracé est épais et électrique, accidenté, les compositions pleine page se succèdent, prises dans le feu de couleurs criardes ou la rugosité d'un noir et blanc sali par un bruit de fond permanent, les cadrages bougent, les scènes s'enchevêtrent, les figures monstrueuses s'incrustent.
Bouquet de peurs semble faire office autant de tombeau que de catharsis. Avec beaucoup d'honnêteté l'auteur s'y délivre en entier, laissant à son dessin l'opportunité de faire couler l'angoisse de la main au papier. Il y plonge et s'en libère, creuse une large tranchée à l'expression de ses démons, nous confiant ces pages à la beauté hypnotique, proliférantes et hyperactives où persistent ici et là, comme de lointains échos réunis de paix et de souffrance, les spectres de Klimt et Schiele. Et c'est finalement la beauté qui finit par éclore, aidée par un repos épuisé, et l'assèchement à l'air libre de ce qui pourrit habituellement en dessous.
"Les palpitations de mon cœur ralentissaient.
Ma tête s'allégeait.
La nuit était enfin paisible."
Nando VON ARB, Bouquet de peurs, 2025, Misma, trad. Yves Nussbaum