
"L'espoir était un poing serré dans une poche de pantalon."
Chez VALFRET il y a la montagne, immense, intense, sans limite. Et puis avec elle, collée aux pentes, la ruralité profonde, ses heures creuses, son ennui, son oubli, son délitement sans fin ; tout ceci narré depuis l'intériorité adolescente, instable et fracassée par essence. Dans La Montagne, la tension entre ces deux pôles magnétiques - celui de la contemplation et celui de la saturation incendiaire - trouve son point d'orgue. L'auteur de nous ensevelir sous les couleurs et les mouvements de pinceau qui se chamaillent à corps perdu pour la conquête de la page, et de nous inoculer dans le même temps par petites touches successives les pensées d'un gamin en quête de lui-même dans un environnement qui, paradoxalement, ne lui offre aucun horizon.
"L'univers était un lac sans fond, miraculeux et terrifiant. La vie était née dans cette eau noire et chacune de nos pulsations, accompagnée par la 8.6, battait à l'unisson de ce cirque insensé."
Exode rural oblige, aggravé par l'appétit industriel qui dévore ce qui reste de petites exploitations, met à terre le peu qui subsiste, essaime la tragédie comme des cartouches de fusil après une
battue, l'enfance en ces terres est chose brutale, tenaillée par la désillusion et l'amertume. Si à cela on ajoute une homosexualité qui se découvre et doit se cacher pour s'épanouir, ainsi
qu'une sensation prégnante d'un effondrement global du monde, on comprendra alors que la peinture de VALFRET, tout au long de ce récit, tourneboule ses pigments, hésite constamment entre
épaisseur et transparence, entre mouvement pur et organisation de la matière picturale en paysages incandescents.
La Montagne est une œuvre splendide de justesse, qui accepte le flou, l'ellipse, les vides dans le récit pour mieux dire le flottement, la perte de repère, les
silences d'une adolescence qui voit la fin d'un monde se dérouler sous ses yeux. Entre l'enfance et l'âge adulte, ce moment si particulier de la vie où tout est grave et rien n'est grave, inhibé
par la déshérence, est amplifié par la puissance des jeux de couleurs et la poésie violente des mots qui s'y accolent en toute liberté. Les perspectives sont abolies, tout comme l'avenir, social
ou environnemental. Ne reste alors plus qu'à célébrer avec hargne et vigueur ce qui reste, la montagne, l'univers, et ce que l'on nous retire, ce qui a été là, et la révolte sans destination
d'une génération qui s'y débat, sacrifiée sur l'autel du capitalisme.
"Être petit
et couver un endroit
Couver un putain d'endroit
infiniment petit
infiniment grand
sous les forges
stellaires
Être petit pour toujours
et couver de la place
De la place pour le vent
les plantes
le pouillot véloce"
VALFRET accompagné de Comme Le Vent, La Montagne, 2025, Fremok